Colloque Cité de la Musique - PARIS - Mars 2007 -
de la peinture de chevalet au vernis anciens des instruments de musique
Contribution Antoine Laulhère et Giovanna Chitto' (extrait)
Une interprétation de la présence de minéraux sur les violons du XVIIIe Siècle :
Il y a déjà de longues années que Luthiers et Scientifiques se penchaient sur l'analyse des violons du XVIII ème siècle, tachant de mettre en lumière leurs secrets de fabrication. Depuis 1989, à l'étonnement général, des recherches poussées et fiables ont permis de détecter, sous le vernis, la présence incongrue de minéraux couramment utilisés... En maçonnerie. A première vue, bien loin du monde de la lutherie... S'agissait- il de traces de gestes techniques secondaires (comme un ponçage), ou d'un procédé lié au vernissage...? La question méritait que l'on affine nos recherches personnelles. Les recettes de vernis du XVIII ème qui nous sont parvenues ne font pourtant jamais mention de ces minéraux, ce qui semblerait confirmer l'aspect secondaire de leur adjonction ... Nous nous trouvions aussi confrontés à un autre élément troublant: En effet, on trouve sur les ouvrages d'époque de nombreuses recettes de vernis qui, reconstituées à la lettre, ne sèchent pas - ou bien trop lentement, ce qui est surprenant compte tenu du rythme soutenu de production des ateliers de Lutherie. Une information sur le séchage de ces vernis s'était manifestement perdue. Nous étions là face à un blanc, « pièce manquante du puzzle », qui nous conduisait à cette constatation : cette information n'a jamais été notée car elle était connue de tous - bien qu'assujettie à la fragilité de la transmission orale des connaissances populaires. Elle était un élément indispensable du processus de séchage des vernis et peintures de cette époque. Ce savoir faire « non savant », comme tant d'autres dans des domaines très diversifiés, à cause d'un bond technologique, avait du être considéré comme obsolète, méprisé... Puis oublié. Les exemples de ce type de perte de savoir faire sont malheureusement légion... Notre quête se poursuivait: Puisque ces connaissances populaires se transmettaient oralement, en nous inspirant de la collecte des contes et légendes, nous avons cherché à rencontrer et interroger d'anciens artisans en France et en Italie, pour leur demander ce que ces minéraux leur évoquaient. Enfin, en 1992, notre opiniâtreté fut récompensée. Nous avons eu la chance de faire la connaissance de Monsieur Martini, un ex-ouvrier des chantiers navals de Venise qui malgré son bel âge avait la mémoire fraîche et les idées claires. C'était un livre vivant, d'une richesse inouïe... Au cours de nos conversations passionnées, il en est venu à nous décrire avec précision un traitement traditionnel utilisé autrefois, à Venise, pour éviter le pourrissement des bois de marine. Et ce traitement du bois, probablement très ancien, contenait les principaux minéraux relevés sur les violons du XVIIIe siècle... Ainsi, grâce à cette transmission, après une dizaine d'années de reconstitution et en utilisant exclusivement des procédés connus au XVIII è. siècle, nous avons pu utiliser avantageusement cette recette séculaire. Ce traitement du bois est à la fois: la base de notre apprêt minéral - et l'origine de notre technique de séchage du vernis, sous cette forme très spécifique. Et depuis 1995, nous avons choisi d'utiliser pour la fabrication de nos violons, un vernis issu d'une recette du XVIIIè siècle, qui ne sèche que s'il est associé à cet apprêt minéral, Il s'agit d'une technique dérivée de l'affresco.
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