Pour travailler sur ces instruments, nous avons du établir une série d'observations «de base»: sur le plan structurel, ces violons disparus se différencient de leur «congénères survivants» seulement par leur taille... La construction de ces tailles de violons ne nous est donc pas si étrangère... En revanche, sur le plan des exigences sonores et sur l'ergonomie de ces instruments, tout est affaire de déduction et d'interprétation: Comme on imagine le physique d'un acteur en fonction de son rôle, le musicien et le musicologue peuvent déduire la sonorité de ces tailles disparues à partir du rôle que les compositeurs leur ont donné à chacune... Dans le cadre de la construction de ces tailles disparues, Patrick Cohen-Akénine a été à l'origine de la définition sonore de chacune de ces tailles. Il a eu le mérite et la patience de nous faire percevoir ces sonorités. Cela si bien, et dans une telle complicité professionnelle, qu'il nous semblait «entendre mentalement» ces instruments, avant qu'ils soient finis ! Il ne nous restait plus qu'à travailler sur ces tailles afin de leur donner la sonorité et le caractère qu'il nous avait confié. Plus largement, la qualité de notre collaboration avec les musiciens des Folies Françoises et du CMBV, (comme Jean Duron) nous a permis de nous imprégner du «monde sonore» que ces tailles de violons contribuaient à faire vivre. La restitution de ces sonorités par notre travail a été une aventure passionnante car l'aspect nécessairement subjectif de cette reconstitution sonore a engendré une liberté de manoeuvre qui donne à cette démarche une certaine originalité. Il en est de même pour l'ergonomie de ces instruments. Chaque instruments a été adapté et retravaillé avec le musicien.
les dimensions et des mesures de ces tailles sont retrouvés sur des textes anciens. L'accord de ces tailles est également cité sur ces textes.
Depuis la mise en évidence de l'existence de ces tailles de violons, leur(s) accord(s) et leur tessiture font l'objet de recherches approfondies sur les partitions d'époque. Surprise: la confrontation entre les traités anciens et les partitions d'époque montre de nombreuses contradictions. Cela semble indiquer que, dans la pratique, ces instruments étaient souvent accordés en fonction du répertoire et des choix du compositeur. Ici encore, nous sommes loin de la normalisation des instruments que nous connaissons aujourd'hui... Pour établir ces caractéristiques et la variabilité de ces accords, des chercheurs comme Edmond Lemaître ont analysé plus de 5000 partitions, souvent manuscrites ! Les nouvelles tailles ont été accordées en Do-Sol-Ré-La, ce qui semble être la solution la plus efficace pour faire entendre les différences de «caractères propres» de ces instruments . Parfois la corde basse des haute-contres, est remontée d'un ton; cet accord à la quarte lui donne une résonance plus mordante. Mais un instrument ne se réduit pas à sa tessiture. Nécessairement une reconstitution sonore, devient alors une affaire de sensibilité, de goût et d'interprétation. Le musicien doit faire des «choix artistiques» qui détermineront le caractère et le «rôle sonore» joués par chacune de ces tailles. Patrick Cohen-Akénine a brillamment relevé ce défit artistique.